une réflexion
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Si l'on considère la mort comme se résumant exclusivement à l'idée de fin et au concept de finitude, dégagé de toute sentimentalité relatif à la notion de perte qu'on lui adjoint généralement, alors nous pouvons concevoir la mort avec une tête plus froide. La mort "n'est donc" que l'arrêt de quelque chose, le retrait de la vie de la forme dans laquelle elle habitait jusqu'alors. Avec ce retrait de la Vie, la forme s'éteint, privée de l'énergie vitale qui l'animait.
Cette notion de forme abritant  son principe vital peut se décliner sur la forme humaine mais aussi la forme animale, végétale, minérale tout autant qu'à celui d'une forme de civilisation, de société, de culture, d'espèce, de race ou même encore de galaxie, de système solaire...
Les formes passent, elles naissent, grandissent et déclinent pour finir. La mort étant le nom donné au processus qui termine l'existence d'une forme.
Au retrait de la vie, la forme se désagrège et disparaît du plan de l'existence. Sa manifestation objective n'est plus.
Ce phénomène létal de la disparition de la forme au sein d'un océan d'autres formes n'est pas en soi un drame. Surtout si la science nous apprend ce que l'on savait déjà depuis longtemps, que rien ne se perd et que tout se transforme.
Les anciens connaissaient l'existence des 5 éléments (terre-eau-feu-air-éther) qui ne se résument pas à la conception restreinte que nous avons quand nous pensons à eux du point de vue visible et objectif. Les 5 éléments étant bien plus subtils et contenant de multiples niveaux...ils sont les éléments constitutifs de la forme, et ceci pour n'importe quelles formes de l'univers, même celles qui nous sont invisibles à l'œil physique... Ainsi donc la Vie utilise des formes comme véhicules spécifiques pour sa manifestation et quand le Temps est venu, la Vie se retire, et la forme cesse. La vie étant le lien qui tient les éléments, les atomes ensemble, ils sont alors libérés et retournent sur leurs plans respectifs avant d'être réutilisés pour construire d'autres formes. La Vie connaît le principe de recyclage depuis longtemps...

L'analyse du phénomène dépouillé de sentimentalité nous amène à comprendre que la Mort n'est qu'un processus de la Vie elle-même, et qu'en soit, la Mort n'existe pas sinon au travers de ce concept mental qui lui fait opposition. Le monde de dualité dans lequel nous évoluons pousse à trouver le contraire de chaque chose pour en faire un couple de contraire. Vie-mort, amour-haine... Mais lorsque l'on pense le monde d'un point de vue holistique et moniste, tout n'est qu'Un avec seulement des variations et des différences de degrés...

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Vanité POP (Andhy Wharrol)

Ainsi la Mort n'est que l'arrêt régulier que se donne la Vie le long de son long court d'évolution. De même que le sommeil marque l'arrêt de la veille le long de notre vie, la Mort est la fin d'une forme dans laquelle la vie évoluait et qui est peut-être devenu obsolète... Si rien ne dure jamais, que tout se transforme, évolue, les formes peuvent parfois ne plus répondre aux besoins du moment. Alors, il faut bien que celles-ci passent et laissent leur place à d'autres formes plus en accord. Le dinosaure trouve-t-il sa place aujourd'hui? L'homme de Cro-Magnon est-il adapté à notre conscience planétaire d'aujourd'hui? Devons-nous pleurer la disparition de leurs formes et si oui, au nom de quoi? D'un souci de conservation de tout ce qui a jamais existé?
Il semble qu'au nom de la Vie, la Vie elle-même orchestre sa mort et la dirige selon ses desseins évolutifs. La fin que l'on appelle la mort est son moyen d'évoluer, de se poursuivre en renaissant dans de nouvelles formes, de reprendre la suite d'une façon différente. La Mort n'est donc pas LA fin mais une fin. C'est tout.

D'un point de vue objectif, toute chose qui nait, meurt en son temps et cela selon une loi de finitude inéluctable car la Mort est une Loi de la Vie. Et la Vie nous montre qu'elle est bien faite...

Pourquoi alors ce stress vis-à-vis de la mort, ce drame selon certains? tandis que d'autres - plus conscients ? - la considère comme une libération. Quand l'homme rapporte la Mort à SA mort, on dirait qu'il occulte la leçon que la Vie lui donne sur la nécessité bienfaisante de la Loi de la finitude! Son aspect naturel et positif est la plupart du temps occulté pour être travesti en peur, en doute voir en angoisse.

Il semble que c'est l'attachement de l'homme à sa petite personne, à ce "je" égoïstement autocentré et constituant son identité, que génère le problème de la perte. La peur de perdre ce "je" auquel on est attaché et auquel on s'identifie au travers de notre corps physique est-il le résultat d'un défaut de compréhension de notre vraie nature?
Si l'homme change de paradigme mental, cessant de s'identifier avec la forme, et  cet ego et cette personnalité et ce corps abritant la vie, alors sa peur s'évanouira.  C'est la croyance qu'il a d'être une personne avec un corps effectivement mortel, forme physique née qui devra immanquablement mourir, qui engendre la peur de disparaître avec la dissolution de cette forme.
Mais qu'il considère être un principe spirituel prenant une forme physique et l'animant de vitalité et il ne peut plus se désespérer de "mourir". Au contraire, la mort est une libération de la forme forcément «limitante «  pour un principe spirituel infiniment subtil. La fin n’est qu’un phénomène de restitution de ce véhicule, souvent usé. Rien de plus.

La forme meurt, pas le principe spirituel qui l'habite. Certains l'appelle l'âme, mais de tout temps il a été décrit comme éternel, incorruptible, pure connaissance et pur amour... La mort n'est applicable que pour le domaine de la forme mutable et évolutive, pas pour l'esprit qui l'habite et l'anime. Et même si le raisonnement est faux et qu'il n'y a RIEN après la mort que le néant, c'est encore l'attachement égoïste à notre "je" qui rend le passage ou cette fin difficile, pas la mort elle -même!
La sagesse orientale ou même stoïcienne nous a toujours enseigné le détachement  en tout événement, même le plus ultime!

Dans le cadre de l'homme, la mort n'est donc que la "libération" de l'âme de son corps-véhicule afin qu'elle retourne sur son plan pour digérer son expérience dans le monde de la matière. Elle reviendra en son temps, avec l'acquit de la vie d'avant puisque la Vie n'annihile pas l'information d'une incarnation par exemple mais la conserve et la synthétise pour son dessein évolutif. 
La Mort est donc une chance pour la Vie car la fin lui permet une renaissance dans une forme nouvelle et non la continuité mortifère dans une forme figée infiniment, ne lui permettant pas d'évoluer. C'est la fin et la destruction qui permettent l'évolution. Quand une forme est obsolète, un corps usé et vieux, une idée dépassée, un système vermoulu... alors la Mort vient soulager la Vie et lui permettre le repos dans le cadre d'une transition et d'une pause puis le passage vers autre chose.
En somme, la Mort rythme la Vie de fins multiples qui sont autant de sauts évolutifs puisque c'est la Loi d'Evolution qui dirige le mouvement de la Vie... La Vie se purge continuellement pour conserver son équilibre et gagner en harmonie...

A cet égard, il a été observé par une équipe de chercheurs californiens que c'est la forêt elle-même qui se donne des feux afin de se régénérer (hors pyromanes bien sûr). Nous pleurons sur la perte avec nos émotions humaines mais la forêt en tant que Nature voit bien plus loin et plus profondément.  Son échelle de temps n'est pas la même et elle sait que cette purge donnera l'espace et la nourriture aux nouvelles formes qui vont la reconstituer autrement. Il n'y a pas perte au sens "d'irrémédiablement perdu à jamais" mais destruction naturelle pour laisser la place à une nouvelle donne. L'homme interprète avec ses émotions et considère la fin en rapport avec son propre stress de finitude personnelle. Mais avec une raison plus froide et détachée de cette émotivité souvent trompeuse et réductrice, on comprend les choses autrement. L'objectivité et la Vérité sont à ce prix, même en tant qu'idéaux inatteignables...

En conclusion, la médecine à découvert aussi que nous n'arrêtons pas de mourir en terme de corps physique puisque tout les 7 ans, nous avons un corps fait de nouvelles cellules. Celles du squelette se renouvellent en 3 ans tandis que celles de la peau tous les mois...Psychologiquement nous mourons à notre état d'enfant, d'adolescent, d'adulte et le vieillard s'achève naturellement. On meurt à ses croyances, à des idées qu'on remplace, à des amours qui passent... La fin est éternellement renouvelée au sein d'une vie infinie.
Pour évoluer il faut donc savoir mourir et accepter la fin de toute chose. Seul l'attachement fixe et arrête et en ce sens il est la vraie mort telle que l'homme la conçoit.  La cristallisation, l'atrophie, l'emprisonnement dans une vieille forme qui s'est renfermée sur elle-même sans plus recevoir d'informations neuves ressemble bien à la mort, hideuse et pourrissante. La Vie en revanche est définitivement mouvement comme une eau qui court, et la mort qui la rythme est son moyen. Sa chance!

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