L'écologisme est un concept "fourre-tout" dans lequel on trouve des pensées, des idéologies, de la philosophie, des valeurs... Il inclue le mouvement écologiste, l'écologie politique et l'activité politique et parapolitique. Autant dire qu'il est impossible de le circonscrire sinon par le dénominateur commun d'une volonté écologiste de respect, de protection et de préservation de l'environnement.
Mais ce socle de base s'entend de façon différente par ses différents acteurs et les différences sont énormes entre les partisans d'une intégration de l'écologie dans l'économie pour lui donner un caractère durable et les activistes radicaux des mouvement d'Ecologie Profonde par exemple, qui sont en rupture totale avec le système et la vision du monde que nous connaissons en occident.
L'écologie est un mot fondé en 1866 par Ernst Haeckel et depuis cette date, le concept s'est développé grâce aux études scientifiques qui l'on enrichie et structuré. Parallèlement, il s'est trouvé objectivement de plus en plus validé par la destruction de l'environnement que l'industrialisation occidentale a généré dans son essort technologique. L'urbanisation et la progressive "dénaturalisation" de l'homme rendent le sujet extrêmement sensible aujourd'hui et l'on est loin des élans romantiques du 18ème siècle chantant le goût pour la nature perdue. 
Le constat contemporain est critique et il semble que l'heure n'est plus à la réaction contre les excès de la pêche, de la chasse, de la pollution ou de la destruction des forêts mais bien à une révision complète du système de valeurs qui guide notre monde.
Mais cet événement est-il guidé par un élan vital ou une pulsion de mort?
Le sujet suscite des positions qui interrogent les penseurs, les citoyens et les hommes que nous sommes. Mais pouvons-nous exploiter la distinction psychanalytique posée par Freud pour faire naître un autre angle de lumière sur la question?

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Posons d'emblée l'existence d'un constat critique quant à l'état de la planète d'un point de vue écologique. Les batailles de chiffres et d'experts restent intéressantes mais non pertinentes pour emporter l'avis d'un homme raisonnable. Car la situation est si complexe et nouvelle, les passions si déployées même vis-và-vis des hommes de sciences, les interprétations si subjectives qu'il faut refuser de prendre franchement position dans un camps ou un autre. En revanche, constatant objectivement la situation globale, on ne peut éluder la prise de conscience d'une importante dégradation de notre environnement et des risques que cela fait peser sur notre vie et celle de nos descendants. La convergences des travaux scientifiques est suffisamment significative pour emporter l'adhésion à une conclusion moyenne. La voie ouverte par l'occident industriel doit être rectifiée et son modèle révisé.
Les modalités de ce changement sont bien sûr l'enjeu de lutte d'idées et d'intérêts et les conflits sont vifs, tant sur le plan physique que sur le plan idéologique. Ils témoignent de l'énergie qui se dégage au moment d'une crise comme celle-ci. Les réactions conservatrices sont-elles mêmes le sursaut d'une société cristallisée qui refuse ou freine le changement.

Bien que latente et en voie de devenir depuis de nombreuses année, une conscience verte émerge aujourd'hui véritablement dans l'urgence et la violence d'une situation souvent caractérisée comme catastrophique. Sa naissance ne se fait donc pas dans une atmosphère raisonnée fondée sur la reconnaissance du rapport naturel de l'homme avec la Nature et la juste responsabilité que cela implique. Certain diront que c'est l'éternel attitude de l'homme ne réagissant qu'à l'extrême point de rupture et que ce moment désespéré et de stress le dynamise pour le meilleur sursaut...


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Force est de constater que l'activité autour de l'écologie est proportionnelle au seuil critique atteint : ONG, colloques, Sommets, Grenelle de l'environnement, ministre de l'écologie, lois, conventions, innovations, technologie verte, énergies renouvelables, mouvements divers (greenpeace...) L'écologie est une valeur sure qui a le vent en poupe et d'ailleurs le business ne s'y trompe pas puisque l'on parle déjà de capitalisme vert et des fonds de pension se tournent exclusivement vers l'investissement de capitaux dans ces domaines, la publicité et les agences de communications se recyclent dans le vert poussées par la demande de leur clients voulant se positionner vertement... Il y a bien une énergie verte en mouvement qui s'impose implacablement dans notre société et dans nos consciences. Qui a dit que le vert portait malheur?


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Et Freud dans tout ça?
Le principe de plaisir -EROS- pousse à la satisfaction du désir, notamment sexuel. Il est en rapport avec la survie et cherche à unir l'objet et le sujet. Le principe de mort -THANATOS- casse, détruit et s'active pour amener le néant, pour ramener le vivant à une stade anorganique.
Freud observe dans Au-delà du principe de plaisir (1920) la tendance des névrosés à réactiver leur traumas, notamment dans leurs rêves, relativisant ainsi le principe de plaisir comme étant la tendance la plus naturelle vers laquelle l'homme tend instinctivement. Ces traumas revécus donnent de très fortes tensions qu'il est pourtant nécessaire pour le sujet de faire cesser... La répétition est comprise comme une tendance à ramener progressivement l'organisme à un état antérieur, c'est-à-dire avant que la tension soit survenue et ainsi à connaître un état de stabilité.
En 1933, Freud ajoute à son observation les sous catégories de pulsion de destruction et de pulsion d’agression pour compléter la panoplie de la pulsion de mort.

"En conclusion de Au-delà du principe de plaisir, Freud parvient à la conclusion paradoxale que principe de plaisir et pulsion de mort ne s'opposent pas, ne sont pas contraires: dans la mesure en effet où le plus bas niveau de tensions (niveau que le principe de plaisir veut atteindre) correspond en définitive à l'état de repos du non-vivant. Le principe de plaisir est au service de la pulsion de mort!"

Au-delà des principes et des conclusions Freudiennes qui ne valent ici que pour mettre en exergue deux forces dynamiques agissant au sein des sociétés humaines, il est intéressant d'appliquer à l'écologisme, le principe de mort qui engendre la destruction de l'environnement et donc de notre moyen d'exister comme un principe morbide "naturel". De même, la réaction vitale qui surgit est l'instinct primordial de la Vie qui lutte elle aussi naturellement pour se maintenir et survivre. Cette dernière veut relier l'homme à la nature qui lui donne son existence et lui offrir le principe d'unité avec toute chose tandis que la mort veut désunir et séparer pour le plonger dans un état où l'existence et ses souffrances sont apaisées par un repos léthal.
La société industrielle de consommation qui détruit son environnement est, selon ce schéma, une course à la mort programmée, technologiquement assistée. Silencieuse et invisible, cette pulsion est cependant activement partagée et répétée avec une puissante constance par les hommes qui la subissent le plus souvent inconsciemment.
Notons enfin que la réaction vitale que l'on observe et son élan vigoureux, voire violent,  dépasse souvent le cadre d'Eros pour la placer parfois dans la figure de Dionysos. Comme si la force léthale si puissamment chargée par des siècles de logique suicidaire appelait comme force contraire l'hybris de Dionysos accompagnée du Dieu Pan...


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Et puisque Freud dans son livre Malaise de la Culture observait que la tension de ces deux polarités fondamentales détermine de façon cruciale le développement de la culture, nous pouvons penser que nous sommes à l'aube d'une nouvelle civilisation. Et c'est peut-être pour cela que la contestation sous-jacente à la crise écologique est si radicale et la vision du monde qui se dessine si novatrice.
Nietzsche avait-il ouvert ce retournement de la société occidentale et de sa religion judéo-chrétienne que nous constatons en fin de cycle? Pour dépasser le nihilisme des valeurs et l'emprise de Thanatos, la Volonté de Puissance et l'élan vital dyonisiaque reviennent impulser leurs énergies pour un nouvel âge...