Chaque crise génère une interrogation, une critique, une mise en examen du modèle qui le subit. Les diagnostiques qui en résultent sont forcément subjectifs, partiaux et divers.  Ils s'affrontent sur la place publique pour répondre à l'opportunité de changement que propose la crise, car rappelons que le mot krisis en grec veut dire rupture... Il s'agit donc de penser l'après crise. La situation actuelle est majeure au sens où elle est révélatrice d'une crise à la fois économique, écologique mais aussi crise des valeurs. En Occident, il existe une tendance à contester profondément la vision du monde qui est proposée par le système dans le quel nous évoluons. Un nouveau paradigme, un nouveau modèle de société est réclamé mais il n'a pas encore été accouché. Le mouvement des "objecteurs de croissance", postulant une décroissance nécessaire pour sortir du système actuel, est une tendance remarquable. Bien que souffrant d'un manque de synthèse mais aussi d'un programme institué et fédérateur, cette nébuleuse idéologique rencontre néanmoins une certaine adhésion du public.

La décroissance puise à gauche (plutôt non marxiste et libertaire), dans l'écologie (plutôt radicale), la droite (non affairiste, traditionaliste, extrême, nouvelle droite et païenne) mais aussi chez un certains courants spiritualistes, voir nouvel âge. Les années 70 ont largement inventées le mouvement mais c'est la situation actuelle qui le dope d'une façon exceptionnelle. A cet égard, la décroissance s'oppose à la version soft du développement durable ou raisonné ou du capitalisme vert. L'objectif est "révolutionnaire", radical et appelle de ses voeux un changement de paradigme et non un aménagement. Malgré un diagnostic négatif appelant un changement, certains "objecteurs de croissance" souhaitent que l'homme ne soit pas obligé par la catastrophe mais que, responsable et conscient, il conduise la décroissance plutôt qu'il ne la subisse.

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On peut dire que la décroissance -qui n'est pas réductible à l'idée d'une inversion arithmétique de la croissance- s'illustre comme  une volonté de rupture radicale d'avec le modèle productiviste, matérialiste, consumériste, scientiste et urbain développé par le monde industriel occidental. Le refus est net quant à la place prépondérante qu'occupe désormais l'économie dans notre société et la tyrannie de la croissance "toujours plus" qui s'est développé. L'idole du PIB élevée au rang d'idole moderne et sa référence quantitative est récusée comme impropre à apporter une solution adéquate aux problèmes humains car l'homme ne se nourrit pas que de pain... Le libéralisme économique comme avatar du capitalisme et la position positiviste du scientisme du 19ème siècle sont refusés. Le progrès fondé sur le bonheur matérialiste, la raison et la science est à nouveau questionné. De même que la société de consommation avec ses excès et son gaspillage, son aveuglement dans la destruction des ressources pour la satisfaction immédiate de désirs conditionnés par la publicité. C'est finalement la question du bonheur qui se repose pour faire écho à Socrate disant : "il ne s'agit pas seulement de vivre mais de bien vivre".

Le mouvement de la décroissance interroge donc ce qui semble aller de soi: de quel progrès parle-t-on? Quelle croissance voulons-nous? Plus de compétition au travers de plus d'égoïsme et d'individualisme, entraînant plus de luttes, plus de guerres (économique aussi). Pourquoi ce besoin de plus d'argent et de plus de pouvoir d'achat pour plus de biens? De plus d'énergie pour produire plus et  consommer plus? Le rapport au monde, à l'énergie, aux biens et à la propriété est reposé. Parallèlement, c'est le modèle qu'offre les élites qui est critiqué : arrivisme, intérêt, matérialisme, clivages idéologiques, logiques partisanes...

A l'opposé quasiment exact, la critique des objecteurs de croissance exalte plus de globalité et d'universalité, de lien, plus de liberté contre l'aliénation du travail et des objets qui nous possède, plus de simplicité et de sobriété dans la vie, plus de culture, plus de bio dans les assiettes, plus de santé par plus de vie naturelle, plus d'amour, plus de conscience... C'est le "retour" de l'être contre le paraître, de l'essence contre le superficiel éphémère, de l'humain contre la technocratie économisante et gestionnaire. Il s'agit de mieux vivre avec moins comme une réaction à l'aliénation technologique. On trouve ça et là des éruptions de cette mouvance dans le slow food, le slow city, les casseur de pub, les divers mouvements associatifs et alternatifs, le végétarisme, les systèmes d'échange locaux (SEL), les mouvements anti nucléaire...

La décroissance est un humanisme qui repose la question de l'idéal humain et de la caractéristique d'être un être humain, mais aussi du qualitatif contre le quantitatif, du lien social comme source de richesse. Certains idéologues du mouvement proposent de remplacer le PIB matérialiste et sa vision à court terme  par un Indice de Développement Humain, ou un Indice d'Empreinte Ecologique et/ou un Indice de Santé Sociale. Le bien-être n'est pas réductible aux seuls besoins du corps ou de la satisfaction des désirs matérialistes. Le problème du bonheur a été remisé dans le domaine privé par peur de toute dérive totalitaire imposant une  idée du bien commun aux individus. Et pourtant c'est exactement ce qui se donne tous les jours par la TV, les médias et l'Etat : comment vivre, quoi consommer, quoi penser... Pour certains "objecteurs de croissance" le bonheur est une idée collective. Nous évoluons en commun et il n'est pas possible d'être heureux si des membres de la communauté ne le sont pas. Ils illustrent la pensée holisitique d'évolution globale où tout est partagée, où tout est interconnecté.

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On se doute qu'avec de telles idées, le large public,, qui reste majoritairement conditionné par les critères de la société, reste frileux voir réfractaire à la décroissance. Il y a souvent la peur de perdre "ses acquis"  devant cet idéal d'une vie allégée...
Il est objecté que si la critique développée peut témoigner d'une pertinence, il n'y a pas -encore- d'alternative ni de programme clairement proposé. Absence de position positive, encore trop dans le refus, le dénis, l'anti, le contre.
Qu'est-ce que serait un pays décroissant par exemple.
La décroissance n'est-elle qu'une réaction naturelle de pays riche et réservée à l'occident?
Est ce une mutaion saine ou une réaction morbide regardant vers un retour en arrière a-moderne,
Est-ce un retour karmique nécessaire à la dérive de notre modèle dégénéré pour l'équilibrer?

La question de l'énergie est cruciale dans la décroissance car elle entraîne la pollution et les luttes nécessaires pour l'obtenir et continuer à produire. Il n'existe pas de modèle clair pour évoquer un monde décroissant où la question de l'énergie, même durable ou propre, serait à l'oeuvre. Il n'existe pas actuellement de source d'énergie pouvant répondre complètement à l'idéal décroissant. Les penseurs cherchent donc à construire des modèles de fonctionnement avec une ressource énergétique réduite, suivant les alternatives énergétiques disponibles, les énergies durables, renouvelables, vertes...

Ajoutons que le mouvement étant insoumis à une structure institutionnel, n'ayant pas de doctrine claire, de leaders, peine à se faire représenter. Et pourtant ses thèses progressent, portée par un vent de refus sous-terrain qui répond à un changement de temps, un changement d'ère et d'énergies spirituelles...

Le Nouvel Age -autre nébuleuse- est aussi une question philosophique au sens où il interroge la pensée par les nouveaux paradigmes qu'il propose. Sans que cela soit vraiment remarqué, le fond des idées que l'on trouve dans la réaction des "objecteurs de croissance" gravite dans l'orbe des contestations véhiculées par l'idéologie du Nouvel Age.
Il est dit que ce dernier est vecteur de nouvelles énergies irriguant les consciences, portant les germes naturels d'une nouvelle civilisation, fondée sur de nouvelles idées et donc de nouvelles valeurs.  Elles grandissent dans toutes les sphères actuellement, même si les résistances du aux cristallisations de l'ancienne civilisation lui oppose résistance. C'est l'éternelle lutte entre le conservatisme et le progressisme.
L'Âge du Verseau est opposé à l'individualisme, à l'égoisme, aux monopoles, à l'exclusion. Il travaille avec l'idée de groupe, de la coopération et répond naturellement au coté associatif (l'âge des marchés financiers est révolu d'ici une 10aine d'années). Il propose une vision du monde globale, écologiste et spirituelle.
Il est prophétique aussi d'une science plus développée encore que la notre, animée par des idéaux purs. Il garanti la découverte d'énergies propres, infinies et facilement disponibles, même par les pays les moins développés industriellement. En cela ce ne sont pas des innovations de ce qui existe ni des aménagements mais une révolution quantique par rapport à ce que nous connaissons actuellement. Cette affirmation est la garantie d'une justice énergétique qui signe la fin des monopoles, des apartheids énergétiques maintenus au bénéfice de certains groupes matérialistes.

De nombreux scientifiques y travaillent mais pour trouver ces nouvelles énergies, il est dit qu'il faut nécessairement changer sa conscience puisque selon le postulat New Age, c'est en changeant à l'intérieur que l'on peut changer l'extérieur. Postulat qui permet d'appréhender le monde autrement, de trouver et de comprendre autrement et d'innover alors radicalement. Puisque de nouvelles énergies sont désormais disponibles qui alimentent les consciences autrement, il va en résulter de nouvelles façons de penser et donc de trouver... C'est l'évolution même de l'homme qui va permettre à ces énergies révolutionnaires d'émerger et de s'imposer. Cela engendrera une révolution sociale, économique, systémique et environnementale. Le monde de demain sera bien décroissant, au sens où l'homme se détachera de l'obsession matérialiste comme fin de son bonheur. Mais l'impasse qu'imposait la pensée d'une limitation de l'énergie est levée, pour un monde plongé dans une abondance d'énergie propre et facile d'accès, favorisant transports, échanges sans pollution et production de qualité.