LOI DU KARMA

Nous n'étudierons pas le Karma ni la réincarnation dans les différents écoles philosophiques indiennes, le sujet méritant une spécialisation que nous n'avons pas. L'objectif est surtout de déterminer, notamment  dans le monde indien, la notion de karma et son  corollaire, la réincarnation, afin d'en extraire la philosophie générale qui anime ces deux notions. Le but étant d'appréhender la vision du monde qui s'organise dans la conscience lorsque l'on possède ces deux notions opératives dans le mental. Nous nous bornerons à étudier le karma dans le cadre de son rapport à l'homme.

petit rappel Historique : l'occident et la chrétienté connaissaient le principe de réincarnation. Interdit définitivement par le concile de Constantinople II en 553.

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karma veut dire avant tout Action et cela invite à penser la dynamique d'un acte posé qui enclenche nécessairement une conséquence.
Et le sens métaphysique de Karma est effectivement l'idée de rétribution, de cause générant un effet, dans un sens logique et naturel. Il y a donc une survivance de l'action au travers de ses effets, de ses conséquences. Et il existe un lien indissoluble et logique d'inférence entre les deux.

Cette notion de karma oblige à penser le temps et la progression car l'effet ne peut être consubstantiel à la cause. Il faut bien que la cause "vive" dans le temps pour produire des effets dans un futur plus ou moins proche. On parle de maturation de la cause.

La seule chose sûre est qu'un action cause un effet à venir. Et puisque cette vérité est automatique et applicable à tous et à tout, elle est un LOI universelle, qui a priori ne souffre pas d'exception. La question de savoir d'où vient cette Loi et qui l'aurait institué est hors de propos pour ce sujet. Posons qu'elle est une Loi Naturelle et que nous vivons dans cette Nature, soumis à ses Lois dont le Karma est une représentante majeure. D'une certaine façon, la loi du Karma est une Méta Loi car elle surdétermine tout le système et les autres lois qui produisent des causes et des effets dépendent d'elle.

Le karma pose la question de la responsabilité de l'acteur. Nous sommes tous concerné par nos actes puisque nous y sommes indéfectiblement liés par la Loi. Il faut faire cependant la différence entre rétribution et responsabilité. Si chaque acte génère une conséquence et un effet, la responsabilité n'est pas automatique. Cette dernière ne s'établit pas vraiment sur l'acte objectif bien qu'il compte en tant que tel. Ce qui est essentiel dans l'acte ce sont les paramètres subjectifs qui le fondent tels que le motif ou l'intention.
Il y a une dimension éthique ou morale dans le karma et c'est cette dimension qui survit dans l'acte, qui est appréhendée, comptabilisée et redistribuée au travers d'une conséquence.
En un certain sens, la Loi du Karma n'est possible que parce que l'homme possède la soi-conscience, qu'il est doté du potentiel de discrimination, qu'il peut réfléchir sur ces actes grâce à sa mémoire et les analyser grâce à sa raison.

La responsabilité est en rapport avec le niveau de conscience de l'acteur. Il va sans dire que l'éveil de l'un pèse plus que l'inconscience de l'autre. L'acte produit par l'intelligence ne crée pas les mêmes conséquences que ceux de l'ignorance. En ce sens, la Loi du Karma est intelligente et équitable. La redistribution est adaptée et proportionnée et "chacun s'attribue immédiatement ce qu'il mérite".

Il va sans dire aussi qu'il n'est pas possible de tricher ni de s'arranger avec la Nature. Cette Loi étant Naturelle, il n'est pas possible d'y déroger ou d'obtenir une indulgence par une autorité humaine. On ne peut corrompre la Loi Karmique.

D'une certaine façon, nous sommes enchaînés par nos actes depuis notre première respiration en tant que bébé, car respirer c'est encore agir et enclencher alors une foule de conséquences biochimiques dans notre corps, qui lancent ainsi la vie incarnée.
Ainsi la définition du champ de l'action doit être élargie : penser, parler, faire ou ne rien faire, ressentir, aimer, haïr, prier... tout est action produisant du Karma.
L'homme est une créature, qui comme toutes les autres, est liée de tous côtés par son environnement. En tant qu'acteur, son karma lui est destiné en premier mais puisque l'homme est  membre du tout, ces actes se répercutent sur ce tout dont il est partie. A cet égard, par le karma, l'homme doit comprendre qu'il n'est pas seulement responsable de lui-même, d'un point de vue égoïste, mais responsable de ce tout qui l'inclue. L'interdépendance de tout sur tout, engendrant éternellement des causes et des effets sur tous doit amener à une conscience globale.
A cet égard aussi, puisque le tout est un facteur essentiel qui détermine aussi les actes individuels -exemple de la guerre- la responsabilité s'y adapte automatiquement. Tuer dans un conflit n'est pas rendu de la même façon que commettre de façon préméditée un homicide égoïste pour de l'argent .

Malgré une approche relativement passive et fataliste du karma en Asie, le principe de cette Loi invite, comme son nom l'indique, à l'action. Puisque nous sommes les créateurs des conséquences qui se produisent par à nos actes et notre motivation, nous pouvons dès lors engendrer intelligemment et consciemment notre future par des actions au présent.
C'est ici que la répétition doit se comprendre comme puissance. Par l'acte de recommencer un acte avec une motivation spécifique, nous installons karmiquement une tendance puis une habitude qui peut alors devenir un trait de caractère voir une destinée. A la manière d'un filet d'eau qui devient rivière en coulant toujours plus abondamment dans son lit, l'homme concentré peut avec le temps, dessiner quelque chose par la répétition et orienter ses actes dans un souci de création consciente. Plus on répète, plus on institue une direction au travers des effets qui s'accumulent et constituent une force.

Ainsi, plus on boit, plus on devient alcoolique et l'on s'installe profondément dans une tendance funeste. Mais à l'inverse plus on médite correctement, plus on s'illumine.  La loi est neutre et la redistribution est aveugle en ce sens qu'il n'y a pas jugement ni appréciation sur ce qui doit être retourné. Seul l'acteur se juge lui-même au travers de l'acte et de sa motivation. Il n'y a pas de juge extérieur qui sanctionne, il n'y a que l'individu face à lui-même qui reçoit -immédiatement mais dilué dans le temps- ce qu'il mérite.
La loi Karmique n'est donc pas une loi de vengeance mais une loi de justice et d'équité. Son but n'est pas la punition mais l'éducation. C'est la personne qui se punit toute seule à travers la nature de son acte car  "On récolte ce que l'on sème" disait Jésus-Christ. Rien de plus. Bien comprise, cette loi est un formidable moyen d'action pour construire quelque chose, seul ou à plusieurs et l'homme rationnel peut faire usage de ce levier pour s'élever et grandir.
Cela implique donc de comprendre que nous sommes la source de notre turpitude ou de notre ascension. La qualité et la quantité de notre effort personnel déterminent toujours directement la conséquence qui revient en boomerang. Nous nous aidons nous même et dans ce processus, la véritable aide ne peut venir que nous même.

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la roue est aussi le symbole du retour (de karma)

Il n'y a donc pas de karma au sens de destin ni de fatalité. Nous héritons de nos propres actions et nous apprenons de nos erreurs en vivant leurs conséquences. Si nous ne les comprenons pas, nous revivons la conséquence à travers un nouvel effet qui se manifestent jusqu'à ce que la leçon soit comprise. Il y a une correction par le fait de recevoir l'effet et d'y répondre harmonieusement. En cela, la Loi du karma conduit à l'équilibre.

Ainsi, la Loi du Karma a une utilité et un sens téléologique. Elle cherche à éduquer l'homme en l'invitant à vivre une expérience liée à un acte causal qui est le sien, en l'invitant à établir et à comprendre l'implication de ce lien de causalité entre les deux et à en tirer la conséquence pratique.
Par exemple,  si la réponse à un effet est équitable et juste tandis que la cause était négative, il y a un équilibre qui est établit avec la cause première génératrice de l'effet et d'une certain façon, la leçon étant comprise, la cause s'éteint. C'est la raison de la doctrine bouddhiste du juste milieu. L'équilibre et l'harmonie produisent des actes justes qui n'entraînent pas de karma négatif, voir pas de karma du tout.

La raison d'une loi renvoyant l'homme face à ses actes est de lui permettre d'apprendre de ses erreurs, de se corriger et de grandir en conséquence. Le but est  l'élévation de l'homme par l'apprentissage de juste relations avec les autre hommes ainsi que tout ce qui vit autour de lui. La dimension éthique élucide le cadre idéal pour agir au sein de la Loi. Si tout est possible, tout n'est pas juste et sain.
Le 1er stade est la compréhension égoïste de la nécessite de ne pas se renvoyer des effets négatifs à cause de ses actes négatifs ou impropres. L'homme par nature cherche le bonheur et évite la souffrance. La Loi karmique le guide vers cette réalité au travers de l'expérience. Ainsi il apprend à se connaître lui-même grâce à ce mental réflexif qu'il possède.
A un niveau moins mondain, certains actes élèvent la conscience, d'autres l'abaissent or le but est une expansion de conscience toujours plus grande amenant plus de compréhension, de sagesse, d'amour, de compassion, de volonté supérieure...

Puis le rapport écologique au monde invite à  adopter cette même attitude avec toutes choses existants au monde. On doit comprendre que nous sommes pris dans un réseau interdépendant de causes et d'effets. Puis on saisit l'obligation d'une action collective orientée positivement puisque dans ce jeu interconnecté, personne n'est à l'abri du karma des autres et de ses conséquences. Il y a donc le karma individuel et la somme global des karma forme le karma collectif, planétaire.

En résumé, l'action parfaitement juste est celle qui s'accomplit dans le cadre de l'innocuité. Ne pas blesser et se poser dans la bienveillance et la compassion ne peut entraîner qu'un retour positif pour l'être qui génère ce type d'acte.  Si l'on veut éviter des retours karmiques désagréables via l'application implacable de la Loi à son encontre, on doit donc régler ses actes sur un certain mode. De la sorte on s'évite la souffrance et la peine.
Mais pour parvenir à cet état d'être et engendrer de tels actes, nous devons nous transformer nous même. C'est le sens et le but des pratiques spirituelles et notamment celle de la voie du milieu telle qu'énoncée par le Bouddha. Cela comprend entre autres les prescriptions classiques relatives à la suppression des impuretés mentales telles que la jalousie, la colère, l'avidité, la peur, l'orgueil, le mensonge, les vices, le vol, la licence sexuelle...  Cela se rapporte en fait au 3 niveaux de l'existence humaine de la pensée, de la parole et action qui doivent être justes. Cela implique aussi de se tourner vers la recherche du Soi/du Divin, de s'y appliquer, de s'y concentrer et de pratiquer (notamment la méditation...)
Purifiant sa nature l'homme peut cheminer dans la paix et se diriger vers l'Eveil, aidé par la Loi qui travaille pour lui. Autrement dit, c'est la Libération (Moksha) du cycle des morts et renaissance, et donc d'une  certaine façon de la loi du karma (Nirvana = extinction).
 
A cet égard, le Bouddha a trouvé que le Désir est la cause de l'enchaînement des actes.  Ce moteur essentiel pousse à agir en générant des motivations diverses dans la conscience de l'homme. Le Bouddhisme se propose d'éteindre le désir en commençant par le raffiner. Avant d'être un Bouddha, il faut cesser de désirer sur un mode égoïste des choses viles qui sont d'une nature à nous apporter la souffrance. Nous pourrons ensuite développer le désir de service à l'humanité et de compassion universelle. Mais au final, même le désir d'illumination devra être abandonné car le désir est toujours une fuite en avant empêchant d'atteindre l'Etre que nous sommes fondamentalement.

Au niveau humain, la Loi du Karma implique triplement la perfectibilité de l'homme, son intelligence et son libre arbitre. Par la comptabilité de ses actes et l'obligation de vivre ses conséquences, l'homme expérimente et apprend à faire des choix. Il est libre de poursuivre une voie ou d'en changer. Sa créativité pour sculpter son histoire est entière et toujours disponible à chaque instant. Il peut toujours agir autrement qu'il ne l'a fait et modifier le cours de sa vie. En ce sens, il peut toujours "ne-pas-faire- et infirmer une direction par une autre qu'il pose sciemment. C'est en sa qualité d'être humain malléable, ouvert sur un champ de possibilité toujours offert, ayant la raison pour s'orienter qu'il dispose de l'outil de la Loi du Karma pour jouer à créer.

Au niveau du système, La Loi du karma infirme l'idée de hasard puisque que tout ce qui existe est forcément le résultat d'une cause antérieure et cela dans une chaîne de causalité infinie. Il existe donc un vaste monde de causes invisibles toujours en arrière plan manifestant des phénomènes qui en sont les effets.


LOI DE REINCARNATION

C'est le principe selon lequel l'élément spirituel de l'homme se recrée un corps physique pour évoluer dans le plan de la matière sur la Terre. Ce processus est un loi applicable pour tous. Elle est un corollaire de la Loi d'évolution et de la Loi du Karma qui forment une trinité supérieure conduisant le système.

Le but est l'évolution de l'Homme et sa perfection au travers du changement dans le temps.  Son principe spirituel qui est parfait sur son plan, doit aussi apprendre sur le plan de la matière pour explorer toute les facettes de la Création.  Il rencontre alors sa résistance, sa lourdeur et son ignorance et en descendant là, il s'oublie et sombre dans l'inconscience de sa vraie nature. Le combat de la Lumière dans les ténèbres de la chair prend longtemps avant que ne s'enclenche une inversion ramenant la conscience lumière. Le schéma évolutif global  peut s'entendre comme la descente du principe spirituel dans la matière -la Chute symbolique- pour y amener la Lumière supérieure. Il s'agit ainsi d'illuminer le corps de chair pour en faire un corps de gloire et accomplir le retour vers le spirituel avec l'expérience de la matière transmuté. C'est le processus d'ascension ou d'évolution. La Terre est le terrain de jeu et l'école où ce processus de perfectionnement prend place.

Les étapes sont nombreuse et le processus long et profond. C'est l'idéal de la rédemption de la chair, la résurrection ou encore la spiritualisation de la matière par la Lumière.  Aussi il y a de nombreuses vies d'incarnations qui ne sont en fait qu'une seule vie pour le principe spirituel qui est éternel.
La mort n'existe que pour le corps mais n'est aucunement une fin pour l'homme entendu comme étincelle divine éternelle - la monade spirituelle. Il y a donc une réalité transpersonnelle permanente et immortelle et une partie éphémère transitoire mortelle.
En réalité la mort n'est, pour le principe spirituel, que la libération de ce corps usé et le changement de vêtement de matière. Il revient dans les sphères subtiles pour étudier et réfléchir à ses réalisations lors de sa précédente incarnation. Selon les modalités de la Loi de Réincarnation, ce principe redescend dans la matière et se recrée un corps. Mourir pour renaître, progresser et évoluer...

Ce nouveau véhicule est la suite logique du précédent et pour le constituer, le principe spirituel reprend  les paramètres karmiques enregistrés. Il y a continuation et la mort n'est qu'une mise en sommeil de la conscience physique mais pas de la conscience du principe spirituel sur son plan. Le karma est la boite noire - les annales de la Nature- qui enregistre  notre niveau, nos + et nos -, nos échecs et nos réussites,  et nous reprenons la partie sur ces dernières données en nous réincarnant. A noter que le développement progressif, suivant la loi de Réincarnation est largement conditionnée par le principe mental de l'homme car " un être est ce qu'il pense en son cœur". Le mental étant le principe créateur par excellence.

A la question des vies antérieures, on peut répondre qu'il suffit surtout de se regarder soi-même dans l'incarnation présente et de s'appréhender tel que l'on est pour savoir d'où l'on vient...


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A noter aussi que si le principe spirituel est individualisé, sur son plan supérieur il ne pense pas égoïstement mais en terme de groupe voir d'unité globale. Seul l'homme non évolué dans son corps de matière non illuminé pense en tant que "je" et ego isolé. C'est un des aspect de l'évolution en question : dépasser ce cadre illusoire du "je" pour accéder à la notion de groupe puis au registre universel.
C'est pour cela que la Loi de réincarnation dispose que le processus se fasse en groupe. Les âmes se réincarnent en groupe cycliquement, puisque que nous évoluons en groupe, établissant ensemble une meilleure relation que nous reprenons plus tard. Cela permet de consolider des relations, de les améliorer, de les purifier de certains contentieux, de régler des noeuds karmiques...

La métempsychose
est  la transmigration des âmes dans d'autres corps ou d'autres formes que des formes humaines.
Cette théorie est infirmé par la Loi d'évolution qui règle la Loi de réincarnation. L'évolution spirituelle de la Monade se fait graduellement. Elle intègre d'abord le plan minéral, végétal, animal puis humain. Une fois ce niveau atteint, la loi de Réincarnation est enclenchée et il n'est pas question de revenir en arrière (sauf cas exceptionnels d'actions négatives consciemment entreprises).

Enfin, à noter que malgré la purge de l'église des références à la réincarnation dans les évangiles, il en reste quelques unes : notamment Jean 9.2 : "Rabbi qui a pêché, cet homme ou ses parents pour qu'il soit aveugle?" Cette loi de la réincarnation donne les réponses et les solutions à bien des questions. Elle permet d'expliquer les différences qui existent entre les hommes en accord avec le Karma.
Ses détails quand à la durée entre deux incarnations, le choix du sexe ou du lieu restent mystérieux pour nous mais non pour l'âme.

le texte téléchargeable en cliquant ici ( click droit)=>Session_Philo_Loi_Karma___reincarnation_def

 

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