Pour commencer, explorons la notion de pouvoir. Le pouvoir est la capacité à faire quelque chose, avoir la possibilité de manifester un potentiel, d'exprimer une qualité, une vertu. C'est encore l'exercice d'une volonté, d'un désir au moyen d'une force, d'une énergie qui rend ce pouvoir effectif. Le pouvoir s'exerce au travers de l'acte d'un sujet, qu'il soit individuel ou collectif. Il traduit sa volonté en exercice d'accomplir une idée, un désir, quelque chose... Par le pouvoir, quelque chose se manifeste et passe du stade potentiel ou virtuel à celui de chose manifestée, existant concrètement.

A cet égard, on a le pouvoir ou on ne l'a pas ; il relève plus de l'avoir que de l'être. Et on peut donc comprendre que l'on a l'énergie pour exercer le pouvoir ou que l'on ne l'a pas. Car le pouvoir, en tant que principe ou qualité, dénué de l'énergie pour le mettre en oeuvre, est lettre morte. Il faut bien une force pour le mettre en mouvement.

De même, le sujet peut exercer ou non son pouvoir au moyen de son énergie. Son libre arbitre, et donc son choix, révèle ainsi son pouvoir d'action dans un sens ou un autre.
On saisit donc que le pouvoir est neutre en soi mais que c'est bien ce qu'on met dedans ou la façon dont on l'utilise qui le rend positif ou négatif.

Chaque être à un pouvoir puisque tout le monde est doté d'une volition, de certaines qualités et de plus ou moins d'énergie. Ce pouvoir on l'exprime sur soi d'abord.  Nous avons le pouvoir de marcher, de parler, de penser, de créer, de faire... ou de ne rien faire. L'homme est donc doté d'un grand pouvoir qui se manifeste de façons diverses.

Enfin le pouvoir s'exprime aussi sur les autres.
Et vient la question immédiate de la légitimité de ce pouvoir qui s'exerce de l'extérieur sur autrui et qui est, par nature, contraignant. La question de la liberté de la personne et l'autonomie du sujet est directement contradictoire avec celle du pouvoir exercé par autrui.

En supposant que la question d'un pouvoir sur autrui soit nécessaire, admise, acceptée, il reste ensuite la question de l'administration de ce pouvoir. Quelle forme doit-il prendre pour se manifester et pour servir quels objectifs? "Mal nécessaire" le pouvoir sur les autres, notamment au travers de l'institution étatique et de son pouvoir politique, a démontré largement son goût de l'oppression subtile ou évidente.

Les philosophes des Lumières et ceux de la première moitié du 19ème siècle ont longuement réfléchi sur cette  notion de pouvoir et de contre pouvoir. Suite aux dérives de la Révolution, aux excès de la Monarchie, la question d'un frein au pouvoir se pose d'une manière cruciale. On reconnaît volontiers que le pouvoir semble avoir pour nature de corrompre et de "rendre fou" ceux qui l'exercent et que la sagesse, doublée d'une prudence, impose de garantir les libertés au moyen du droit et d'encadrer le pouvoir pour le contenir.

La division des pouvoirs organisée au sein de textes législatifs ayant autorité constitutionnelle est un moyen juridique adopté dans le monde occidental. Le peuple consent ainsi le Pouvoir et l'Etat mais il le délimite et l'organise afin qu'il le serve. Cet  idéal est dynamique car bien que posé et inscrit, la dérive est perpétuelle pour usurper le donateur du pouvoir, c'est-à-dire le peuple.

Mais ce n'est bien sûr, pas l'Etat ni le pouvoir qui est à incriminer, mais bien les hommes qui le font vivre. Les vices et les travers de ceux-ci polluent l'organisation, la travestissent et l'exploitent dans un sens qui s'écarte souvent de l'intérêt général pour lequel l'Etat et son pouvoir ont été installés.

Le pouvoir sage et éclairé ne peut l'être que par un ou des être ayant eux-mêmes cette lumière et cette sagesse. C'est seulement par des dirigeants vertueux au sens classique du terme, que le pouvoir sera vertueux, respectueux, juste, nécessaire. Son emploi répondra à une finalité toujours positive, élevée et humaniste.
A défaut, le pouvoir sera tel qu'on le connaît aujourd'hui : imparfait comme les hommes qui l'exercent sur d'autres hommes aussi imparfaits qu'eux et qui les ont délégués à leurs places.

Quid de la question des contre pouvoirs? L'observation montre que dans ce monde de dualité dans lequel nous évoluons, il ne peut y avoir d'ombre sans lumière et inversement. Il ne peut donc y avoir de pouvoir sans contre pouvoir pour l'équilibrer. Et dès lors, qu'un pouvoir naît, qu'une oppression se met en place, la Nature engendre tôt ou tard, un contre pouvoir pour lutter contre l'oppression et rétablir la balance. Peu importe le temps ou le moyen, une force contraire doit être manifestée pour venir rétablir un ordre équilibré.

Bien sur, l'équilibre est toujours en devenir et le jeu est dynamique et rien n'est immédiat. Mais l'échelle du temps humain n'est pas celle de la Nature. Mettez un mur inutile (Berlin) pour séparer un peuple et laisser le temps agir pour le détruire, qu'un régime totalitaire s'établisse et voyez la réaction s'opérer immanquablement pour l'écraser à son tour... Qu'une loi inadmissible se fasse jour et attendez la réaction pour qu'elle soit désactivée... Derrière cette constatation, c'est la LOI naturelle de l'équilibre que les hindous ont nommé Karma : loi de rétribution des actions. Tout acte entraîne une réaction opposée qui surgira pour équilibrer la cause première...

Quand on fait intervenir la notion de Nature, qu'il soit bien compris qu'Elle n'est pas une entité extérieure, sorte de Démiurge, mais qu'on doit la saisir comme ce Tout immanent dans lequel l'Homme se trouve. Que ce Tout est animé de Lois Naturelles comme les classiques les ont étudiées, de même que le plan physique se déploie selon des lois que la science physique retrouve...

L'Homme vit dans cette Nature, est lui-même fait de cette nature et s'il est indéniablement aussi un être de culture qui s'extrait de la nature pour lui ajouter son humanité, il n'en reste pas moins qu'il partage les mêmes éléments constitutifs que la Nature qui l'environne, le soutient, le nourrit. Le monde minéral, végétal et animal sont en lui, jusqu'au plus profond de sa chair. Par exemple, comme les plantes, il a besoin de lumière, d'eau, d'air et sa respiration se fait par un jeu d'échange d'oxygène et de CO2 (inversé il est vrai par rapport aux plantes).
Ce simple exemple pour montrer que la juste vision de l'homme doit l'intégrer dans un schéma naturel et comprendre que les lois de la nature sont en lui aussi. Comprendre ces lois c'est aussi saisir ce qu'est l'homme et avec quoi il manoeuvre.
C'est ainsi que l'on doit comprendre l'influence naturelle que l'homme a sur la Nature puisqu'il est fait de cette même nature...

Ainsi donc, quand il y a rétablissement de l'équilibre et naissance d'un contre pouvoir, c'est bien la Nature prise comme un tout qui s'exprime dans l'homme et agit. L'homme est bien l'acteur et il ne s'agit pas de penser qu'il serait un pantin animé par la Nature. C'est lui en tant qu'être de Nature -et de Culture- qui agit pour rétablir l'équilibre car ses propres lois naturelles bafouées appellent à la réaction.
Ainsi donc, l'ombre appelle la lumière et inversement. C'est automatique, tout autant que la force de gravité pour la pomme... Une force contraire, en tant que contre pouvoir, doit naître pour balancer et réharmoniser le tout dans lequel elle s'inscrit. La Nature est toujours dans une recherche d'équilibre et l'on pourrait dire que c'est une de ses constantes les plus essentielles. C'est ce que cherche l'homme dans sa quête d'harmonie, c'est à dire d'équilibre.

Ce fameux principe d'équanimité, de juste milieu qui donne la paix entre les contraires opposés, c'est la doctrine célèbre du Bouddha en tant que  "voie du milieu", qui guérit l'homme et l'éveille. La nature milite pour l'éveil de l'homme en lui enseignant cette évidence. Et c'est pourquoi l'homme s'oppose naturellement aux dérives et lutte pour rééquilibrer le désordre. Ainsi, les nouveaux contre pouvoirs existent de tout temps avec la création de nouvelles formes de pouvoirs... Les uns entraînent automatiquement les autres.

________________________________________________

Voyons juste pour finir, certains contre pouvoirs qui ont modifiés notre vie : la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les chambres législatives contre le Roi, les déclarations de Droit, les syndicats, la cour d'Etat indépendante pour inspecter les budgets institutionnels. La loi 1901 et la possibilité d'association libre. La presse et le 4ème pouvoir, la TV et le cinéma aussi, avec cependant aujourd'hui des réserves sur leur indépendance. Internet se dégage de nos jours comme un contre pouvoir mais notons qu'il est déjà largement noyauté et utilisé en vue d'une activité de manipulation et de contrôle. Dans un autre registre, on peut noter l'Europe et ses institutions, qui deviennent un contre pouvoir des états nationaux.
Finalement, dans le cadre où l'on définit le pouvoir comme la capacité à faire adhérer et à diffuser une information pour influence, le contre pouvoir est tout ce qui permet de manifester un refus et de pouvoir dire non.