Lors de la réunion sur les nouvelles formes de servages, d'esclavage et d'affranchissements, nous avons dans un premiers temps rappelé les conditions historiques de l'esclavages et sa définition formelle. Evoquant malheureusement sa funeste caractéristique d'être universelle, et ceci jusque dans le pacifique sud avec la tradition du "black birding"(rapt d'enfants/individus pour être exploité).

L'absence de liberté, l'état de chose de l'individu vis-à-vis de son maître, l'absence implicite de droits, notamment dans le cadre de la délibération à la vie publique, faisait de l'esclave un être "à part". Sa condition l'obligeant à travailler pour le compte du maître sans recevoir pour autant le fruit de son travail, puisqu'il ne pouvait en aucun cas posséder quelque chose, juridiquement parlant il était d'ailleurs irresponsable.
Nous avons ainsi noté l'abus de langage aujourd'hui lorsque l'on traite quelqu'un d'esclavagiste, tant la qualification est outrancière et sans réalité avec la définition de l'esclavage.

Nous avons remarqué une distinction entre l'esclavage objectif et politique, à savoir celui correspondant à la captation d'individus, à la confiscation de leur liberté de leur autodétermination, de leurs droits fondamentaux d'aller et venir et  à leur mise au travail pour le compte d'un tiers les possédant, au sens légal du terme.
Nous avons noté que cette réduction en esclavage ne pouvait être légalement permise que par une justification théorique, impliquant certainement -inconsciemment ou non- des idées de supériorité et d'infériorité. A ce niveau de la réflexion, il faut convenir que l'esclavage se nourrit de la nécessaire intolérance de la différence de l'autre et de la négation de l'égalité entre les individus, car peut-on rendre esclave celui qui est reconnu comme le même que soit?

L'esclavage révèle que l'impératif catégorique de reconnaître l'autre comme une fin en soi (Kant), ayant une âme en tant que personne et envers lequel nous devons avoir un sentiment de fraternité (doctrine chrétienne) ne sont pas présent dans la conscience des hommes. Ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas que l'on nous fasse est encore une évidence catégorique qui ne permet pas l'esclavage, lorsqu'elle est solidement comprise et implantée dans la conscience humaine. Nous avons posé à cet égard, la question de l'éducation et des valeurs pouvant ou non permettre de tels actes si contraire à la nature humaine.
N'oubliant pas les voix dénonçant l'esclavage, il faut  reconnaître qu'isolées, elles ne pouvaient encore faire basculer la loi en faveur des esclaves et obtenir leur affranchissements. L'esclavage n'existe plus aujourd'hui et légalement parlant, sa forme est bannie et les droits garantis pour tous. Officieusement, il reste encore des formes d'esclavages modernes montrant l'inhumanité de l'homme et l'éternel travail d'éducation à faire. Le combat ne semble pas devoir s'arrêter tant que certains considèrent encore leurs intérêts plus que la vie, la liberté et l'épanouissement d'autrui. L'égoïsme cupide et avide s'embarrasse peu de conscience et d'éthique lorsque l'argent, le pouvoir et le sexe sont en jeu.

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A coté de cet esclavage objectif, nous avons évoqué une forme d'esclavage subjectif relatif à l'asservissement de l'individu par lui même, au travers de ses passions, des ses vices, de ses habitudes... La maîtrise de soi, l'autorité sur soi-même et le contrôle de sa nature (inférieure) est le propre de l'homme souverain. Ce manque d'affirmation de l'homme et de la femme sur soi est la base d'une faiblesse et d'une servilité tout aussi dramatique. Subjectivement parlant, nous sommes donc l'esclave de nous-même et nous attirons des situations d'esclaves dans notre vie tant que nous n'avons pas redressé la tête intérieurement.
Nous avons évoqué aussi la volonté de puissance de Nietzsche qui est le chantre de l'homme qui s'est dépassé pour devenir surhomme... Faire naître sa volonté, accomplir son dépassement et réaliser son être dans une destinée transcendante est le propre de l'homme, maître de son devenir. Affronter la vie, risquer de devenir maître de son destin, accepter le combat qu'elle offre pour nous révéler dans la force de notre nature c'est refuser la faiblesse de l'esclave et sa soumission.

Ce désir et cette puissance d'être autre que ce que l'on est,  est le refus de la domination de tous les déterminismes, notamment celui de la nature et de son poids. L'homme se libère de la nature, notamment par la culture et accède ainsi à son humanité.

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L'esclavage et l'affranchissement pose donc la question de la révolte, du courage, de la force, de la volonté et ceci tant d'un point de vue singulier que collectif. La dialectique maître-esclave nécessite ce rapport duel entre ces deux forces qui existent en nous et donc dans la société. A cet égard, le système hiérarchique pyramidale dans lequel nous évoluons implique l'idée d'une supériorité, d'un ordre, d'un pouvoir auquel il faut se soumettre. Même s'il est le fruit d'un contrat social symbolique, la forme de l'Etat  conserve l'idée d'un père avec sa notion d'autorité et de puissance sous-jacente. Fonctionnons-nous encore sous d'anciennes formes d'autorité héritées de la structure familiale archaïque présente dans notre inconscient collectif et que nous reproduisons dans nos institutions? L'atavisme de cette dialectique semble profondément ancrée dans l'histoire de l'homme, voir dans le règne animal si l'on considère les liens de soumission-domination qu'on rencontre si souvent dans ce règne avec lequel nous partageons tant...

Nous avons aussi relevé un glissement du sens de l'esclavage au travers de la notion d'addiction et de la popularisation du mot dans l'usage courant. Il semble d'ailleurs faire plus référence à la notion d'emprisonnement qu'à celle d'esclavage et évoque une perte de la liberté par une réduction progressive de la volonté, de l'autonomie, de la conscience, du libre-arbitre. L'emprise sur une individu, sournoise, douce mais profonde est une nouvelle forme d'esclavage si l'on considère que la privation de la liberté en est le critère fondamental. Que celles-ci soit violentes ou douces, elles sont toutes des réductions de notre être.

Nous avons évoqué le fait que l'esclavage est aussi une forme d'organisation sociale et politique qui semble avoir besoin de la paix pour se maintenir tant il est vrai qu'en situation difficile ou dans un environnement hostile, les différences et les clivages s'annulent  pour la survie du groupe. La solidarité renaît en période de crise, nivelant les intérêts de chacun dans un égalitarisme fraternel.

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En conclusion, les temps changent et il semble que l'éthique devienne une obligation que les consciences contemporaines ne veulent plus éluder. Penser l'autre comme son égal, comme une personne libre de vivre et de s'épanouir à sa convenance n'autorise plus une pensée dominante ni même un acte manifestant cette volonté de soumission. Que celle-ci soit d'ailleurs manifeste ou subtile, allant de l'autorité à la manipulation...
Le bonheur devient alors compris comme un état partagé qui ne peut être total, si d'autres ne bénéficient pas des conditions idéales pour exprimer leur humanité, à commencer par leur liberté.