résumé session du 3 février 2009 disponible : ici__resum__eco_et_po_

Nous avons rappelé que le mot politique vient du grec politikè (« science des affaires de la Cité »). Étymologiquement, la politique est donc synonyme d'organisation de la Cité -Polis en grec. La Cité visée est celle de l'Antiquité grecque, aujourd'hui appelée Cité-État du fait de la similitude de son organisation avec celle de nos États modernes (pouvoir centralisé, institutions, diplomatie...) Mais le lien entre politique et État n'est pas si évident, cette acception est relativement récente.

De nos jours, on peut affirmer que la politique est l'organisation de la vie en commun au travers de principes institutionnalisés, dont le droit est le garant. Depuis l'organisation de la Cité, restreinte à quelque uns ayant le privilège de citoyen pouvant débattre de la loi qui organise ce vivre en commun et l'intérêt général, nous sommes passé à l'ère moderne de la res publica, la chose publique, appartenant à tous, dans le sens d'une démocratie élargie.

Le politique est donc originairement le principe qui pose cette question du vivre ensemble et de la nécessité d'y répondre par l'édification d'une forme -juridique- constituée par des principes et des valeurs. Il en va véritablement de l'humanité de l'homme dans ce processus conscient de  création d'une forme dans laquelle il peut s'épanouir avec ses frères et soeurs. À cet égard, Platon réfléchissait sur la République Idéale et Aristote parlait déjà de l'homme comme d'un animal politique
L'homme est Homme parce qu'il peut réfléchir à son devenir de groupe, l'encadrer, l'orienter au moyen d'outils déterminés par des choix conscients, théoriques et pratiques. Et parce que l'homme est multiple, la politique implique nécessairement le débat et l'organisation même de ce débat politique, où il est discuté de cette forme et de ses modalités.

Quant à l'économie, nous avons rappelé que L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία « administration d'un foyer », de οἶκος « maison, dans le sens de patrimoine » et νέμω « administrer ») est l'activité humaine qui consiste à la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services.

Avec le développement de l'industrialisation, l'avènement de la bourgeoisie, de l'individualisme et des valeurs marchandes en Occident, l'homo faber est devenu un homo economicus. Le poids de l'économie a augmenté jusqu'à une quasi autorité de fait, donnant raison à Marx qui avait théorisé que c'est l'économie qui structure le politique, notamment par la façon de travailler. Il n'empêche qu'avant son autonomisation pour acquérir le statut qu'on lui connaît aujourd'hui, elle fut aussi soumise à la politique, qui en définissait les limites et l'organisation.

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La question étant de savoir comment ce couple se réaménage aujourd'hui, compte tenu de la crise actuelle, il nous a semblé utile de rappeler que crise vient du mot grec krisis, qui veut dire rupture. Nous avons évoqué que cette  rupture avec le système jusqu'alors en vigueur est aussi une opportunité pour réfléchir à la cause de la crise et développer autre chose. Ainsi, la philosophie peut légitimement s'emparer du sujet pour reposer l'exigence de ce vivre ensemble au travers de valeurs.
Quelles sont les valeurs misent en cause et contestées, lesquelles sont louables, lesquelles sont en train d'émerger au sein d'une réflexion planétaire, qui est à l'échelle de la globalisation de la crise et des échanges aujourd'hui.

Si l'on peut considérer en termes de théorie économique, que le capitalisme connaît aujourd'hui une fin de cycle normale et logique, vers quel cycle allons nous? Le politique peut-il reprendre les rennes de la vie et l'homme peut-il se replacer au centre du débat, comme l'Humanisme l'expose si bien.

Nous avons rappelé que le capitalisme est avant tout un système économique et social où il y a la propriété privée des moyens de production, la recherche du profit qui trouve sa contrepartie dans le risque, la liberté des échanges économiques et la concurrence économique et l'importance du capital, les possibilités de l'échanger (spécialement en bourse), de l'accumuler et de spéculer.

Le capitalisme est né en Occident et plus spécialement dans le monde protestant comme l'a remarqué Max Weber. Et le libéralisme économique -sous tendu par le libéralisme politique- s'est développé spécialement dans les pays anglo-saxons pour connaître son apogée jusqu'à aujourd'hui, ou plutôt hier. Ultime justification du capitalisme, il est favorable à la non-intervention de l'Etat, à la dérégulation, au libre-échange, au laissez-faire et laissez-agir avec pour garant, le mythe de la Main Invisible du marché comme grand régulateur naturel. Le (néo) libéralisme a fleuri sans contrainte depuis les années 1970, produisant enfin avec les innovations technologiques son dernier avatar : la finance capitaliste où le risque ne porte plus que sur des crédits virtuels et des produits financiers complexes.

Faut-il voir dans la crise actuelle l'infirmation de l'action infaillible de la Main Invisible ou la confirmation de son travail avec la chute des marchés pourris? Toujours est-il qu'un  cycle néo-libéral sauvage de 30 ans se ferme et qu'un autre est en train d'émerger et de se dessiner. Lénine faisait remarquer que la purge du système capitaliste se soldait par la guerre et/ou la révolution... Les guerres destructrices et salvatrices -pour le système- conduisaient à des reconstructions relançant le système; les révolutions entraînant des systèmes différents. Certains parlent de capitalisme à visage humain, d'autres nous disent que celui-ci nous montre aujourd'hui son vrai visage à la faveur de la crise...


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Aujourd'hui, le politique reprend en effet les commandes, l'Etat ré-intervient comme garant de l'intérêt général et régule les marchés, suivant aussi ainsi l'opinion publique. Mais pourra-t-il répondre au problème globalisé car il a été noté qu'il y a un déphasage entre la politique nationale et l'internationalisation des échanges et des économies.
À moins d'une politique globale prise par une communauté d'intervenants, il n'est plus possible de régler le problème chacun de son côté et c'est peut-être en ce sens qu'il nous est donné de réfléchir sur la dimension du politique, et du comment vivre ensemble, mais désormais élargi à une dimension planétaire! Sommes-nous aux prémisses du gouvernement mondial?

Il faut comprendre que la crise interroge le modèle de société et que le basculement idéologique est aussi une remise en cause des valeurs jusqu'alors admises. La mondialisation décline cette réflexion à l'ensemble de la planète, déjà porté vers un règlement en commun d'un problème connexe : l'écologie.

Le politique -poussé par les évènements- relance heureusement le débat de notre vie en commun sur la planète et se repositionne comme l'espace  proprement humain où la question de l'existence est posée. Il ne s'agit pas forcément de faire rentrer l'économie dans un moule politique dogmatique comme le soviétisme nous l'a exposée, au mépris du bon sens et du réalisme pragmatique, mais il semble bien que la question des valeurs doit à nouveau être réaffirmé avec fermeté. L'économie réfléchit sur des chiffres et des profits, des stratégies et des objectifs. Nécessaire pour la bonne gestion, elle devrait ne pas déborder de son lit encadré et contrôlé. Le politique doit en revanche retrouver son rôle et son statut d'organisateur de la vie du groupe, autour de valeurs et d'une éthique adéquate au développement harmonieux de l'homme. C'est donc un retour à l'objectif social de la fonction de l'Etat, qui n'est institué par ses membres que pour leur permettre de vivre bien, voire d'expérimenter une certaine transcendance.

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Enfin nous avons évoqué le fait que le monde s'ouvre aussi radicalement sur de nouvelles valeurs plus humanistes, anticapitalistes, écologistes (au sens de vie ensemble dans un espace bio-dynamique commun), que des nouveaux choix se théorisent face au mythe du progrès perpétuel et de la croissance économique, au travers de théories innovantes exposées par les alter-mondialistes et d’autres groupements alternatifs réfléchissant su un nouveau modèle de société. Notons aussi les initiatives portants sur la finance éthique, c'est-à-dire la volonté d'investir et d'aider les entreprises ayant une charte éthique et un modèle de développement organisé par certaines valeurs éthiques, tel que le développement durable et écologiste. A quand une bourse verte? Enfin, rappelons l'existence d'autres modèles économiques tel que celui de l'islam qui encadre l'économie dans un principe rigide refusant l'usure. 

Si l'homme est aussi un animal égoïste mû par la recherche des ses propres intérêts, pouvant motiver l'avidité, la compétition et la lutte économiques en vue du profit à tout prix, nous avons rappelé que l'homme est aussi cet animal doué de sacrifice, d'altruisme, de gratuité et de partage dans le cadre d'une conscience décentralisée de sa petite personne. Un autre monde est possible...