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Nous avons pointé du doigt que l'idéal grec classique, tel que défini par Aristote dans Métaphysique, est celui du sage qui reste en contemplation des causes premières, dans un état d'ataraxie (= d'égalité/équanimité) est très proche de l'orientation de la philosophie indienne et spécialement hindoue. Nous avons rappelé l'ancienneté de cette civilisation et le poids considérable de la culture et de la spiritualité dans la société indienne.

Quant à sa philosophie, celle-ci est plus intéressée par les questions que les réponses. Celles-ci n'ont une réelle pertinence que lorsqu'elles sont reçues après une ascèse particulière, dans le cadre d’une descente lumineuse venue du haut, éclairant la conscience du chercheur pour l'enseigner. Le sage/philosophe ne se distingue pas vraiment des saints qui ont une pratique spirituelle, puisque la question de la Vérité n'est appréhendée qu’à l'aune du Spirituel et de la conformité aux Ecritures anciennes sacrées. On doit retrouver en soi et à sa manière et avec ses mots et son "sentiment" ce qui a été révélé. L'universel doit se retrouver singulièrement. Les premiers ont déjà tout dit, il ne s’agit que de recomprendre ce qu’ils nous ont laissé, en le réactualisant.

C'est donc dans une premier temps, une recherche érudite, une connaissance préalable des écrits des saints et des Védas (Connaissance), des Upanishads et autres textes mythologiques (notamment les Puranas) contenant la révélation sous formes cryptées et imagées. Mais la confrontation d'idées, de références, l’argumentation classique ne peut vraiment rien donner d'autre qu'un état des lieux, un point de vue. Seule la révélation intérieure produite par une ascèse, une pratique spécifique (Yoga ou autre) donnera l'illumination vraiment déterminante qui légitimera la recherche et la parole de vérité qui en fera suite. L'appartenance à une tradition, le lien à une lignée, la connexion à une chaîne de gurus situe le chercheur et l'assiste dans sa quête de lumière et de philosophie. Celui-ci peut aussi prier la déesse de la Connaissance, comme étant une forme accessible sous une forme personnelle et anthropomorphisée... La dévotion à Dieu (au Brahman) sous cette forme est un moyen qui n'est pas exclu dans la quête de la Vérité.

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On peut affirmer que les question essentielles que se pose la philosophie indienne portent sur la Libération (Mukti) du cycle des naissances et des morts,  sur la nature de la Réalité et de son voile (Maya) qui obscurcit notre conscience, la façon de dépasser cette limitation par le détachement du plan mondain et le rattachement au plan supérieur (le principe du SOI, de l'âme = Atma)...
Tant que nous sommes pris dans les rets de Maya, son voile nous empêche de voir ce qui EST et nous sommes dans l'ignorance. Le "je" voit les ombres, comme dans la caverne de Platon, tandis que notre SOI (notre principe supérieur) voit ce qui EST et saisit donc la Réalité et connaît la Vérité. Ce passage du "je" au SOI, afin de révéler notre vraie nature et accomplir la mission de notre existence est cardinale.
C'est notamment ici que les réponses divergent, quand à la manière de réaliser l'objectif. Mais on peut affirmer qu'il en va nécessairement d'un dépouillement de notre petite personne et de ses petites prétentions égoïstes, de son petit savoir étriqué afin de s'emplir de notre principe supérieur qui seul EST. Notre "je" est illusoire et fatuité, notre SOI est Lumière, JUSTE, BEAU et VRAI. L'idéal de Platon est à cet égard absolument fondé sur les principes supérieurs qui définissent les vertus de l'âme, de ce Soi... Il en va donc d'un renoncement à l'inférieur qui nous emprisonne et nous hypnotise pour se livrer totalement à ce que nous sommes en réalité : ATMA, une âme même, un principe spirtuel incarné qui expérimente la matière.

Enfin, la notion essentielle du Karma (action), qui symbolise si spécifiquement l’Inde, est l’équivalent de la loi de cause à effet  ou encore de la parabole de Jésus-Christ  : "on récolte ce que l’on sème". Ainsi, tout acte, parole, pensée produit des effets et nous emprisonne dans une suite logique d’événement déterminé par la qualité de cette action karmique. L’homme produit donc son devenir par la qualité de ce qu’il produit. Le karma n’est  le destin (au sens de fatum) que lorsque l’on n’a pas compris que nous avons le libre-arbitre de faire ou ne pas faire. Le karma est inéluctable puisqu’il nous appartient et que nous l’avons écrit par nos propres actes et volonté. La pensée consciente de l’homme éveillé qui sait qu’il produit ses propres conséquences l’oblige à devenir circonspect et pur quant à ses motifs. Ainsi, il construit un karma positif et lucidement orienté vers son évolution spirituelle.

La philosophie s'attache aussi à comprendre la notion de Dharma, que l’on peut traduire par l'ordre cosmique, qui se  décline nécessairement sur tous les niveaux de la création, notre individualité y compris ou plus largement le niveau sociétal. Ainsi l'existence des castes n'est pas juste une réalité sociologique fondée sur le pouvoir mais bien une fondation métaphysique relative à l'ordre de l'univers et dont l’observance garantie l’harmonie du Tout.

Puisque les sages-philosophes étudient les textes contenant les révélations faites par ceux qui ont traversé le voile de l'illusion (Maya) pour enseigner les hommes (ex. le plus connu est le Bouddha), les références sont automatiquement mystiques et non spécialement fondées sur le principe de raison, tel qu'en occident il définit généralement la philosophie. Il n'y a pas à proprement parler de construction mentale et rationnelle car la Vérité est au-delà . Elle n'est reçue par celui qui s'en montre digne, grâce à sa pratique et son attitude, à sa vie exemplaire, à sa dévotion... La Vérité se montre, se donne, s'expérimente dans une saisie immédiate et non comme le fruit d'un enseignement et d'une accumulation de connaissances.

Enfin, notons qu'on reconnaît un sage indien hindou, un philosophe qui est vraiment ami de la sagesse au point de l'avoir intégré quand il rayonne le principe d'ANANDA. C'est-à-dire lorsqu'il est dans cette félicité imperturbable, qui ne connaît pas de fin ni de commencement ni dualité. Il prouve par là qu'il a atteint le point de contact avec son principe supérieur et qu'à partir de là, unit au Tout par le Yoga (Union) il est dans une parfaite extase. Cela lui permet d'être dans le monde sans être du monde, d'être un libéré-vivant, un jivan mukta.