Et pour démarrer dans l'interactivité, je vous livre un petit article inédit sur la mine et le caillou...


Creusons-nous la tête!

Mine et philosophie : deux mondes apparemment étrangers qui semblent ne jamais devoir se rencontrer, même au prix d'un grand écart audacieux. Et pourtant, la pratique de la philosophie et l'entreprise minière, allant de l'extraction au raffinage, présentent une analogie hautement symbolique.

Il existe beaucoup de définitions de la philosophie qui évoluent à travers les âges, lui donnant une image peut-être floue et énigmatique. On lui a parfois reproché de produire autant de systèmes que de philosophes, expliquant dans une langue absconse des théories abstraites. Critique fondée qui peut tout autant être infirmée par la multiplicité des pistes ouvertes qui ne répondent pas à ces paramètres. Mais au-delà de la polémique qui n'a pas lieu d'être ici, il reste que l'on peut conserver l'idée que la philosophie est avant tout une pratique mentale visant à découvrir la vérité du monde dans lequel l'homme évolue. L'opération cérébrale qui vise à réfléchir afin de vivre bien et intelligemment semble même caractériser l'homme. Seul celui-ci est doté d'un appareil réflexif puissant pour lui permettre d'analyser son être, sa destinée ainsi que la Nature qui l'environne.

C'est à travers sa tête et les idées que l'homme se distingue véritablement. En effet les idées sont les moyens par lesquels il peut saisir un sujet et le comprendre mais aussi l'exploiter. Sans l'idée d'une chose, celle-ci reste invisible bien que présente dans le monde. Par exemple, si l'on n'a pas l'idée d'une table, de ce qu'elle permet, on ne la voit pas, même en sa présence. Car la vue transmet au cerveau une image mais la corrélation qui établie la chose comme une table ne peut fonctionner par défaut de possession de l'idée "table". Cette capacité à construire la réalité en fonction des idées est essentielle. La pensée -et les idées qui la peuple- est le stade supérieur de l'homme. Lorsqu'il utilise en conscience, une tête bien faite, on peut affirmer que son souci évolutif est affirmé. Il sort définitivement de son animalité instinctive mais aussi du danger des réactions émotionnelles irréfléchies.

Dés lors, on peut affirmer que les idées sont des outils qui permettent de vivre, de penser, d'analyser, de comprendre et surtout de s'orienter. Plus l'idée d'une chose est précise, claire, conceptuelle, plus cela signifie que l'on possède l'idée en profondeur et que l'on peut en jouir. Ce qui implique parallèlement que l'on possède aussi le mental adéquate pour pratiquer cette idée car le contenu nécessite logiquement un contenant proportionnel en qualité.

Une mine d'idée à raffiner.

Bien que le monde minier traite du plan matériel au travers de l'activité humaine physique, il y a tout lieu d'en examiner le processus pour mettre en rapport les analogies avec la philosophie. L'exploitation des mines tire de la terre qui contient des minerais. Vient ensuite des traitements ingénieux pour enrichir les minerais, les préparer et pour séparer les scories des métaux. Ceux-ci isolés se verront enfin  affinés pour en faire des métaux concentrés et purs. Cette suite d'opération est une logique qui doit nous interpeller car l'homme est bien cet être qui passe d'un état brut à un état raffiné, qui progresse en éliminant les éléments -scories- indésirables de sa nature, qui extrait de son mental les idées fausses en le purifiant par le feu de sa réflexion et de son discernement. Le feu donne la chaleur nécessaire pour sécher et fondre le minerais, mais il donne aussi la lumière intérieure qui oriente l'homme dans sa quête de Connaissance. Le mythe de Prométhée - le porteur du Feu à l'humanité- reste d'une éternelle actualité quand il s'agit de dissiper les ombres qui nous voilent la réalité.

Le travail pour passer du minerai au métal pur est une succession d'opérations que la science à mise au point. La philosophie qui s'occupe quant à elle de l'homme, cherche à lui donner les moyens de grandir. Elle a aussi élaboré des outils subtils pour lui permettre de séparer le vrai du faux selon une progression organisée. Cette question de l'accès à la Vérité et de sa mise en forme se décline en une infinité de formes suivant les écoles, citons la célèbre dialectique ou plus récemment la phénoménologie. Retenons cependant qu'il est possible d'isoler un sujet, une idée et de le travailler par le feu de l'esprit afin d'en tirer sa "substantifique moelle". On "réduit" le concept que l'on étudie à ce qu'il a de plus essentiel, le dépouillant de tous les éléments impropres à en saisir la portée la plus vaste. Car la philosophie cherche avant tout à ôter nos illusions, à consumer nos mirages dans un souci d'élévation du genre humain. Et puisque l'homme ne saisit vraiment le monde qu'avec les idées, il convient de lui apprendre à utiliser cet outil qu'est le mental afin de les manier avec le plus  d'intelligence possible. Surtout si l'on considère à juste titre que le mental et la pensée sont le stade préalable à la parole et à l'action juste.

L'analogie avec l'entreprise minière apparaît maintenant évidente. Nous avons dit que le mental doit être raffiné pour capter et vivre les idées sur la fréquence la plus hautes. Car il en va des idées comme des métaux, il y en a qui sont basses et non raffinées et d'autres qui sont belles et pures. L'opération consiste à extraire la gangue des opinions communes et des préjugés généralement admis qui recouvrent l'essence d'une idée d'un voile d'ignorance. Le travail critique est le feu ou l'acide qui dissout, le mental est la raffinerie, les idées sont le minerai... Au final, le métal pur est vendu et mis à la disposition des hommes pour leurs industries tandis que la philosophie partage, publie et enseigne ses recherches avancées aux autres hommes en quête d'altitude idéelle...

Les opérateurs miniers oeuvrent à nous offrir des métaux purs qui seuls peuvent servir les intérêts exigeants de nos industries. Quant aux philosophes,  c'est leur mission que d'éclairer des idées aussi essentielle que celle de la mort, du temps, de la liberté, de l'histoire ou encore la suprême notion de l'être afin que l'homme puisse "fonctionner" avec des concepts purifiés et élevés. Dommage que sur le caillou si investi dans la mine, son pendant philosophique ne soit pas enseignée à l'université!